BD / Manga

Les chats errants de Yoko Kamio

Il y a quelques mois déjà, les éditions Kana nous honoraient d’un nouveau manga de Yoko Kamio, Cat Street.

Souvenez-vous, Yoko Kamio est l’auteur d’Hana Yori Dango dont j’ai fait l’éloge il ya quelques temps, et une de mes mangakas préférées.

Le pitch : Sous la pression de ses parents, Keito est une enfant star qui enchaîne pubs et séries à succès. Malgré la gloire et la notoriété, Keito est seule, et lorsqu’elle rencontre Nako, une petite fille qui l’idôlatre et lui dit qu’elle rêve de devenir comme elle, elle fait tout pour que celle-ci reste son amie. Et ça marche, les deux fillettes deviennent très vite inséparables.

Pourtant à 9 ans, alors que la côte de popularité de Keito est à son apogée, tout s’écroule. Son unique amie Nako, à qui elle a tout apprit, et avec qui elle va partager en alternance le rôle principal de la comédie musicale « Sanny Days », la trahit. Une fois que Keito lui a apprit toutes les ficelles du métier, Nako tourne sa veste, devient distante, et annonce à Keito qu’elle n’a pas l’intention de lui laisser la vedette.

Lors de la première représentation, Keito reste figée. Quinze minutes plus tard, le rideau se referme. Elle n’a pas prononcé un mot. Ç’en est fini de sa carrière.

Nous la retrouvons quelques années plus tard, elle a 16 ans, et est devenue une hikikomori *. Pendant ce temps la côte de popularité de son ancienne amie Nako n’a fait qu’augmenter. Keito, elle, ne va plus à l’école depuis ses 9 ans, ne sait pas très bien lire et écrire, et ne sort qu’en de très rares occasions. Elle est restée une enfant de 9 ans dans le corps d’une adolescente de 16 ans.

Un jour, le hasard mettra sur son chemin le directeur d’une école un peu spéciale, « El Liston ». Dans cette école les élèves font ce qui leur plait. Ils viennent ou non, et font les activités qu’ils ont décidé de faire. Keito pense de prime abord qu’il s’agit d’une école pour « débiles » et rejète la proposition du directeur d’intégrer El Liston. Après une rencontre avec un garçon un peu bizarre et fan de l’enfant star qu’elle était, elle décide d’aller jeter un oeil à l’école.

C’est là qu’elle rencontrera Rei, Le garçon bizarre qu’elle avait rencontré auparavant, ainsi que Kôichi et Momiji, avec qui elle va tisser au fil du temps des liens très forts.

Rei est un passionné de foot qui rêve d’aller travailler dans les plus grands clubs du Brésil, Kôichi un informaticien surdoué un brin geek, et Momiji une gothique lolita fan de couture.

Nous n’échappons bien sûr pas au triangle amoureux cher à Yoko Kamio, qui mettra le coeur de l’héroine à rude épreuve ! Une fille pour deux garçons semble, en effet, être une condition sinequanone à toute bonne histoire de ma mangaka préférée !! (^_^)

On retrouve tout ce qui fait, à mon gôut, une bonne histoire : un récit qui ne s’arrête pas aux faits mais va plus loin en explorant des thèmes actuels et de société tels que l’échec, l’isolement, l’amitié, la dépression, les conséquences de ce que nous vivons sur ce que nous devenons, les liens familiaux et comment nos amis deviennent souvent notre vraie famille, etc …

Le premier volume ne m’avait pas convaincue à 100%, j’avais trouvé l’intrigue un peu molle et les personnages un peu bateau, et j’étais un peu déçue. Mais l’histoire décolle doucement dans les volumes 2 et 3, pour véritablement prendre son envol dans le volume 5. Et quel envol ! Pour ma part j’ai vraiment été transportée au coeur de la vie de Keito et de ses amis, et ressenti les émotions des protagonistes au point d’avoir le coeur qui battait à leur rythme.

Une grande réussite !

Si vous ne l’avez pas encore lu, courrez l’acheter, car notre Kamio-sensei nous livre une fois de plus un shojo haut de gamme ! !

* Ce mot japonais désigne les jeunes gens qui se replient sur eux-mêmes à la suite d’un échec scolaire, professionnel, personnel ou familial, et qui restent cloîtrés chez eux ou chez leurs parents, sans jamais sortir ni voir personne. Cette pathologie psychosociale et familiale est semble-t-il assez répandu au Japon, et touche 230 000 personnes, dont  principalement les adolescents.

BD / Manga

Précédemment dans « Mais quels sont donc mes mangas préférés ? » …

… Je parlais d’un manga qui, de prime abord, m’avait semblé « trop moche pour être lu ». Eh bien, voici toute l’histoire.

Je me souviens très bien de la première fois qu’on m’en a parlé : Je venais de finir de lire Imadoki de Yuu Watase, et une amie m’avait dit qu’elle venait de commencer à lire un manga dont Imadoki s’inspirait pas mal au niveau de l’histoire, Hana yori dango. J’étais prévenue que le dessin était assez « maladroit » mais qu’il ne fallait pas en tenir compte, parceque l’histoire, elle, était bien mieux qu’Imadoki, qui n’en était qu’une copie de facture médiocre.

Mais moi j’avais adoré Imadoki, et je n’avais pas vraiment envie de lire autre chose du même genre. C’était même, il me semble, un des mangas que j’avais préféré, à cette époque, vers 2002-2003. Et j’avais du mal à me dire que cette autre histoire pouvait être mieux, puisque celle d’Imadoki me semblait déjà parfaite. Je n’ai donc pas vraiment prêté attention aux propos de mon amie (alors que c’est quelqu’un de bon goût, à qui j’aurais dû faire pleinement confiance ! Si tu me lis Sally, sumimaseeeen -avec angle de respect à 45°- !!!).

Puis quelques jours après j’avais vu Hana yori dango à la Fnac, et j’avais carrément trouvé ça trop mal dessiné ! arf, pouah ! impossible de lire une pareille horreur !!!
A l’époque la qualité du dessin, ou plutôt  ce que je prenais pour la qualité du dessin, était pour moi de la plus haute importance. Hors de question de prêter crédit à un dessin dont le trait ne me semblait pas exceptionnel ou au moins parfait (=plein de courbes et de déliers). J’ai donc oublié au plus vite ce manga. Je me souviens que je me disais du dessin d’Hana yori dango, que j’aurais pu faire la même chose à 14 ans. Ah la la, quelle auto-suffisance :D … Je sais aujourd’hui à quel point il est difficile de faire une BD, et le travail que ça demande, encore plus pour les japonais avec leur rythme de parution de folie !
Et je sais aussi qu’aujourd’hui je n’arrive plus à voir ce que je voyais à l’époque. Je vois un trait dynamique, et des dessins très expressifs, et j’ai vraiment du mal à revoir ces défauts qui me faisaient tant horreur à l’époque.

Eh bien que dire, à part que j’ai bien honte de ce comportement complètement idiot aujourd’hui ?!! ^ ^

Car aujourd’hui dans ma bibliothèque, il y a Hana yori dango, et plus Imadoki, que j’ai revendu après avoir lu HYD. Alors attention, je ne voudrais pas non plus dire qu’Imadoki était nul. C’était même plutôt pas mal comparé à la plupart des shojos qui sortent en France. Mais après avoir lu les deux, je peux dire qu’Imadoki était « sympa » et qu’hana Yori dango était inoubliable.

Pourquoi ? Finalement qu’est-ce qui fait qu’entre 2 mangas qui traitent à peu de choses près du même sujet, l’un est largement au-dessus de l’autre ?

Voici le synopsis d’Hana yori dango (que j’ai piqué sur club.ados.fr, parceque j’ai trouvé le résumé très bien, j’aurais pas mieux fait) :

Tsukushi Makino est une jeune lycéenne de 16 ans, issue d’un milieu modeste, qui est parvenue à rentrer dans l’un des établissements les plus cotés du pays. Très vite, elle se heurte à une bande de voyous friqués, les « F4 ». Ces derniers font régner la terreur dans le lycée, en attribuant des « cartons rouges » aux élèves qui ont le malheur de ne pas leur plaire.
La pauvre Tsukushi se retrouve persécutée moralement par les quatre garçons. Mais plutôt que de s’aplatir comme les autres et d’attendre que la vague passe, elle décide de leur tenir tête, d’abandonner l’image de la fille sans histoires qu’elle entretenait pour son entrée au lycée pour redevenir la Tsukushi du collège, celle qui ne se laisse pas faire. C’est la guerre !

Le sujet commun des deux histoires, est l’arrivée dans un lycée huppé, d’une fille d’origine modeste, qui va se faire plus ou moins maltraiter par les autres lycéens, et dont le garçon le plus en vue, et aussi le plus riche (rapport de cause à effet ?), va tomber amoureux, suscitant encore plus le dédain de ses camarades.

Dans Imadoki le sujet est traité de loin. je veux dire par là que Yuu Watase ne s’attarde pas plus que ça sur les sentiments ou l’histoire personnelle et émotionelle des protagonistes. Je l’ai lu il y a longtemps et je ne m’en souviens pas parfaitement, mais c’est ce dont je me souviens.

Yoko Kamio, l’auteure d’Hana yori dango, va elle, au contraire, au fond des choses, et ne se contente pas de montrer des faits. En fait c’est ça, son scénario est bien plus ambitieux, et elle a un vrai talent à raconter une histoire. Ok, on aime ce qui arrive à ses filles, mais ce qui nous intéresse vraiment au fond, c’est de savoir comment elles en sont arrivées là, comment elles réagissent et comment elles vont s’en sortir, ou pas. Et c’est là que la BD de Yuu Watase manque cruellement de profondeur. On assiste à des scenettes plus ou moins agréables, où on voit l’héroine essayer d’être « gentille » pour prouver aux autres qu’elle ne mérite pas un tel traitement. Ou alors des scène de « drague » avec le garçon de l’histoire, ou encore des scènes sans grand intérêt de vie lycéenne. Mais il n’y a jamais vraiment de variation d’intensité dramatique ou d’intensité dramatique tout court. L’auteure ne va jamais au fond des choses, et se contente de survoler le sujet. Alors comme on a quand même affaire à une auteure reconnue, dont on ne peut pas dire qu’elle est mauvaise, on lit une sympathique histoire. Mais il n’en reste pas grand chose après. D’ailleurs aujourd’hui je ne me rappelle quasiment de rien, à part du sujet principal.

J’ai lu, je ne sais plus où, que le pire dans un scénario (de BD, de film, ou autre), est d’oublier ou de négliger le climax. Le climax étant le point culminant de l’histoire. Eh bien dans Imadoki, il n’y en a carrément pas. Si l’on comparait la BD à la musique, l’histoire se termine sur la même note qu’elle a commencé, sans quasiment aucune variation pendant le déroulement.
Manga médiocre, Sally avait raison.

Pour Hana yori dango, c’est tout l’inverse. On est tenus de bout en bout. On vit l’histoire, on est dedans. L’histoire personnelle des personnages n’est pas survolée, on sait pourquoi ils agissent comme ils le font. Rien n’est laissé au hasard. L’intensité de narration est aussi très réussie. Une scène peut très bien commencer dans une parfaite bonne ambiance, pour se finir sur un drame épouvantable, ou l’inverse. Et nous pauvres lecteurs, on a juste envie de tourner la page le plus vite possible pour connaître la suite ! Il y a du rythme, de l’action. Et c’est là qu’est le talent de narration ! On passe du rire au larme, on suit des vies, et non plus simplement des gens.

Cette série compte 37 volumes, et à aucun moment on ne se dit que l’histoire tourne en rond et qu’elle devrait se finir au plus vite (contrairement aux volumes de Nana qui ont suivi le 7 !). Je crois que vers la fin il y a un volume que j’ai trouvé un peu plus mou que les autres, mais celui d’après repart de plus belle !

Pour moi Hana yori dango est un, si ce n’est LE meilleur shojo que j’ai pu lire jusqu’à présent. Il a d’ailleurs eu tellement de succès au Japon qu’il a été adapté en drama (série télé) et en film. Je n’ai pas vu le film, mais le drama est très réussi. Et Jun Matsumoto, qui joue le personnage de Dômyôji, est tout simplement parfait dans le rôle.

Chikaiuchini * !

* « A la prochaine »