BD / Manga

Ne plus croire Pénélope – 1/2

Il y a quelques semaines je suis tombée par hasard sur les fabuleuses chroniques BD de Pénélope Bagieu, et j’ai totalement été conquise par ses petits témoignages filmés, à tel point que je me les suis tous regardés en une après-midi. Rien fichu d’autre, alors que j’avais plein de boulot en retard. J’étais toute émoustillée de découvrir toutes ces merveilles dont je n’avais jamais entendu parler avant, et je crois que si j’avais eu les sous je les aurais commandés directement sur le site de la Fnac. Parceque j’adore les mangas, j’en lis énormément, mais ce que j’aime en vrai, c’est la BD en général, pas que celle du Japon !

J’avais donc envie de tout lire, tout de suite là maintenant, tellement cette fille est convaincante (et a l’air super sympa). Comme il y en avait quand même pas mal, j’ai choisi d’en acheter une, une de celles qui me faisais le plus envie, pour voir, et d’emprunter les autres à la bibliothèque. Je me méfie souvent des oeuvres qui ont eu des prix, et surtout de celles qui ont un prix à Angoulème, mais là je me suis dit que peut-être pour une fois c’était justifié ?

C’est donc le jour où je suis allée chez BD Net et que j’ai acheté « A nous deux, Paris » que j’ai acheté le pavé d’Ulli Lust, « Trop n’est pas assez« . Ça ressemblait vraiment typiquement à tout ce que j’adore lire en BD : un récit autobiographique racontant la jeunesse punk de l’auteure et son escapade en Italie. J’ai trouvé le titre super, très accrocheur, et la couverture très chouette, et comme il était là, sur l’étagère, je n’ai pas résisté.

Je m’attendais à quelque chose d’assez grandiose, que je kifferais beaucoup, dans la lignée du « Changement d’adresse » de Julie Doucet. C’est donc toute en ébulition que j’ai entamé les premières pages.

J’ai malheureusement assez vite déchanté. Bien que les toutes premières pages soient très prometteuses, la suite devient très vite plate. Ulli Lust nous raconte en images son adolescence punk, et sa rebellion de l’époque. Ok. Donc on lit, parceque ça raconte quelque chose, mais à aucun moment on ne ressent quoique ce soit, à part de temps en temps un peu d’agacement. L’auteure a choisi de ne pas donner son avis sur les évènements. Elle ne dit rien de ce qu’elle ressent ou pense, ou quasi rien, ni à l’époque, ni aujourd’hui, et j’ai trouvé ça vraiment dérangeant. Et puis je n’ai pas trouvé particulièrement intéressante cette jeune punk, pas très intelligente, pas très attachante. Je pense qu’être punk ce n’est pas forcément dans le physique, mais plutôt dans la tête, dans l’attitude, et cette fille je ne l’ai clairement pas trouvée très punk. Ce qu’elle raconte est punk, mais pas elle.

Elle décide de « fuguer » avec une copine parcequ’elle refuse de se laisser dicter une quelconque loi. Jusque-là tout va bien, esprit rebel, jeunesse punk, c’est logique. Mais quand on lit ensuite ce qui lui arrive dans son périple, on se demande vraiment pourquoi elle s’inflige tout ça, et on se demande pourquoi elle ne réagit pas plus que ça. (Je ne vous raconte rien pour ne pas vous spoiler, je suis sympa) :) Mais bon, on pourrait se dire que c’est là où veut en venir l’auteur : parfois, en quête de liberté, on se retrouve plus enfermé et plus contraint que si on ne s’était pas « rebellés ». Sauf que comme je le disais, l’auteure ne nous dit rien, ne nous donne aucune piste sur « que penser de tout ça ? », à nous de nous faire notre propre idée. Moi je n’aime pas trop ça, j’aime bien qu’on me donne un avis, pour que je puisse être d’accord, ou pas, et connaître un peu plus l’auteur en sachant quel est son état d’esprit actuel, et qu’est-ce qu’elle retient de tout ça.

Et je ne sais pas à quoi ça tient, mais c’est raconté sans sentiment, et du coup on ne ressent rien, alors qu’il se passe pourtant pas mal de choses. Enfin, pas tant que ça en réalité, je m’en rends compte en l’écrivant. C’est ça le problème : ça ne raconte rien de transcendant, et c’est ce n’est pas raconté de façon transcendante. Beaucoup de professionnels du cinéma conseillent de se méfier du récit autobiographique car ce qu’on pense être très intéressant, car c’est notre vie, se révèle au final pas si passionnant pour les autres. Je crois que ça peut s’appliquer à tous les domaines créatifs, et que cette BD souffre clairement de ça. Est-ce que cette BD a eu autant de succès et 2 prix parcequ’elle est trash et que les gens sont toujours fascinés par le trash ? Je crois que c’est possible. Y’a un âge où on est friand de trash, entre 21 et 26 ans en général, et plus ça l’est plus on aime. Cette histoire est trash, donc tout s’explique. :)

Enfin, comme je le répète souvent, mon avis est personnel et subjectif, et pour preuve, Pénélope a adoré cette BD. Elle en parlait vraiment avec beaucoup de passion dans sa chronique, et ça avait l’air sincère. Du coup je me suis aussi demandé si c’était pas un truc générationnel ? Enfin, bien sûr que ça l’est, c’est évident, mais dans le cas précis de cette BD, peut-être que si j’avais eu 20 ans j’aurais adoré ? Je ne sais pas … En tous cas là je l’ai lue en entier pour voir et puis parceque ça se lit facilement, mais je n’ai pas été embarquée. Je ne peux pas dire non plus que j’ai trouvé ça nul car ça raconte quand même une histoire, c’est juste que j’ai trouvé que ça manquait de profondeur. j’ai lu certaines critiques qui disent que le récit est « léger et drôle », et je crois qu’il ne faut pas confondre « léger » et « plat ». Il y a des histoires simples, ou racontées de façon légère, qui sont profondes ou qui vous retournent les tripes, mais celle-ci, à mon avis, ne l’est pas, d’où ma grande déception.

Plus haut je parlais de Changement d’adresse, une BD de Julie Doucet, une auteure « punk » culte de la BD underground des années 90 d’origine québecquoise. Pour le coup son look n’était pas très punk, mais elle et ce qu’elle racontait de sa vie l’était, donc si vous avez envie de lire des histoires de jeunesse punk, lisez plutôt les BD de Julie Doucet ! « Changement d’adresse » est ma préférée, mais « Ciboire de criss« , ainsi que son « Journal » paru au début des années 2000, bien qu’un peu moins « punk », étaient très biens aussi. Elle raconte en général ses histoires de coeur, de sexe, sa première fois, sa vie d’artiste, et c’est super bien ! Trash ET bien. ^ ^

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