C.L.A.S.S. ou l’enfer de la hierarchie au Japon

17 Juin

Delcourt a sorti ce mois-ci C.L.A.S.S. ,le deuxième manga de Natsumi Aida, l’auteure du cultissime Switch Girl.

C’est plutôt une bonne nouvelle car possédant son premier manga en VO (Go go Porno), j’avais hâte que sorte chez nous les précédentes oeuvres de cette super mangaka pour pouvoir les lire.

Mini déception avec C.L.A.S.S., car il s’agit une fois de plus d’une histoire de lycée, et je commence sérieusement à saturer avec ça. Je le savais, le titre est très évocateur, et j’avais lu le résumé, mais je voulais quand même le lire parceque Natsumi Aida est une de mes mangakas préférées ! Finalement je n’ai pas regretté parceque lorsqu’on a à faire à un auteur de talent, il y a toujours plus qu’une simple histoire, une véritable critique de société.

C.L.A.S.S. s’inscrit dans la lignée d’Hana yori Dango et des « Rebel school » où les lycéens se rebellent contre l’ordre établi. Au Japon on sait que la vie au lycée n’est pas toujours de tout repos, surtout dans les grandes villes. Entre brimades, humiliations, rapports de force et autres problèmes de castes et de hierarchie, il vaut mieux faire profil bas et ne pas se faire remarquer. De plus, comme on le remarque une fois de plus avec cette histoire, il ne fait pas bon être mangaka ou aimer lire des mangas, et ces derniers, juste considérés comme des otakus (terme très péjoratifs au Japon) ne sont vus que comme des associaux crétins qu’il faut rabaisser. C’est vraiment étrange, car en France c’est plutôt l’inverse, les gens qui savent dessiner sont un minimum respectés car assimilés aux « genx talentueux ». C’est une fois adultes que tout change et que les artistes sont considérés comme associaux, et vus comme des « marginaux fainéants » par la populasse. Enfin, sauf lorsqu’ils sont connus et passent à la télé bien sûr.

Visiblement au Japon, et surtout dans la capitale, il y a très souvent des problèmes de « castes » entre élèves, érigés par les « plus forts » pour régner sur les plus faibles, et qui fait que beaucoup de japonais se retrouvent rabaissés, exclus et mis à l’écart de la soi-disant élite. C’est vraiment flippant. Certains, comme l’héroine du manga Cat’s Street de Yoko Kamio, deviennent même des « hikikomori », de véritables associaux qui n’osent même plus sortir de leur chambre et peuvent rester cloitrer pendant plusieurs mois ou plusieurs années, sans aucun contact ni dialogue avec les autres. Et je les comprends fort bien car il faut une sacrée force de caractère pour pouvoir supporter ça au quotidien.

C’est un peu comme ça chez nous aussi, je me souviens lorsque j’étais au lycée, dans un quartier hupé de Paris, mais uniquement parceque c’était un des rares lycées à proposer la spécialisation que j’avais choisi, pas parceque j’habitais ou étais née là-bas comme la plupart, eh bien les « natifs » du coin ne me parlaient pas, et j’avais même eu droit à quelques moqueries le premier jour. Ensuite, au long des 3 années qui ont suivi, ils ne m’ont jamais adressé la parole, et je me souviens même de quelques bagarres verbales avec certains. Enfin, avec certaines plutôt. De quoi ont-ils peur ? Que certains, issus de milieux défavorisés, réussissent mieux ? Et qu’ils perdent ainsi le privilège inné de leur naissance ? Hum, il doit y avoir de ça. A l’époque je me demandais bien ce qui animait leur haine à mon égard, et j’avais l’impression d’être dans un film des années passées. De plus, détail marrant, toutes ces filles issues de « bonnes familles » étaient blondes alors que moi je suis brune. C’était vraiment Princesse Sarah ! Sauf que jusqu’à ce jour aucun noble n’est venu m’avouer qu’il était mon père ! :D

Enfin, j’éxagère un peu, la plupart du temps les gens m’ignoraient plus qu’ils ne venaient m’insulter. Ce qui au final est peut-être encore plus vexant.

On se dit que c’est incroyable de nos jours, mais ça existe. Ça n’est pas aussi fort qu’au japon parcequ’on a pas le même culte de la réussite sociale et du qu’en dira-t-on. Nos parents, issus de la génération 40-50, l’ont peut-être mais pas nous. Et du coup à l’inverse du Japon ce sont souvent les meilleurs élèves qui se retrouvent mis à mal par les cancres. En tous cas, au Japon comme ailleurs, l’école, le collège ou le lycée restent le terrain d’une lutte quotidienne pour l’affirmation de soi, et une période pas toujours très heureuse.

Bref, pour revenir à notre manga, C.L.A.S.S., il s’agit ici de l’histoire de Leila, une jeune fille qui arrive en cours d’année dans une classe de 3ème, dont tout le système hierarchique a été établi et est régi par un groupe d’élèves dirigé par un autre élève, Jin, élu leader « charismatique ». Celui-ci a établi, avec l’aide des « plus forts », un classement, qui va de A à C, avec un S pour l’élève charismatique (lui-même donc), qui définit la façon d’agir de chacun. Ainsi les A sont l’élite, ils ont à peu près tous les droits, tandis que les C sont chargés des basses corvés et de servir ces derniers. Au japon les élèves nettoient leur classe, et là ce sont les C qui s’en chargent à la place des A et des B. L’élève « S » a lui tous les droits sur tous les autres, même de les punir s’ils n’obéissent pas.

Sous prétexte que cette nouvelle hierarchie à fait régner l’ordre dans le lycée, aucun prof ne s’y est opposé. Et ainsi tout va, en apparence, pour le mieux dans le meilleur des mondes. On a l’impression de revenir à l’antiquité, avec des rois et des esclaves, et personne, jamais, ne se plaint ou ne se rebelle ! Heureusement, la belle Leila va venir mettre un bon gros coup de sabot dans la fourmilière et nous secouer tout ça !

Après s’être vue proposer la classe A par le beau Jin, et l’avoir refusée bien évidemment, notre héroine va lutter pour abolir cet ordre arbitraire, en essayant de mettre de son côté le plus d’élèves possible. La tâche s’avèrera plus hardue que prévu – ben oui, on ne renverse pas un gouvernement établi en un claquement de doigt – mais heureusement, après une lutte acharnée, un presque viol, et une coupe de cheveux ruinée, tout rentrera dans l’ordre et finira bien. Jin et Leila finiront même par se serrer la main. Oui, car contre toute attente, ils ne finiront pas ensemble, faut pas déconner ! :D

Les scènes et l’histoire sont assez convenues, et la fin est bien sûr extrêmement prévisible, mais on pardonnera à Mme Aida car il s’agit seulement de son deuxième manga. Et puis il faut bien lui allouer qu’une fois commencé, on ne peut plus le lâcher jusqu’à la dernière page ! Dans un énervement relatif, soit dit en passant.

Maintenant j’aimerais beaucoup lire le tout premier manga de l’auteure, Junjô Porno, qui semble être plus léger et plus drôle ! Et qui semble n’avoir de porno qu’un mot du titre ! ^ ^

Alors s’il vous plait, mesdames et monsieur de chez Delcourt, ne vous arrêtez pas en si bon chemin, et donnez-nous à lire encore plus de mangas de ces auteurs qu’on aime tant !!! Aligatooo !!

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